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chef, pour que nous disions au lecteur ce que nous savons à ce sujet.

Lorsqu’il reçut du général Borgella la dépêche du 27 janvier qui lui annonçait la prise d’armes, il m’envoya une lettre de C. Ardouin qu’elle renfermait sous son pli[1]. Mon frère m’entretenait de bien des particularités qui avaient précédé l’événement et qui l’avaient accompagné. Je crus qu’il était de mon devoir d’apporter cette lettre au Président : il fut satisfait de cette communication, et il me donna à lire la dépêche du général Borgella qui était plus concise, et une autre que lui avait adressée aussi le général Solages, lui disant qu’il allait se rendre aux Cayes selon la réquisition de Borgella. Je continuai à agir ainsi à l’arrivée de chaque courrier, car je recevais en même temps de nouvelles lettres de mon frère.

En me voyant, Boyer me dit d’un air pénétré : « Eh bien ! les opposans ont enfin levé le masque ; ils sont arrivés à ce qu’ils méditaient depuis longtemps contre mon gouvernement. Ils ne le trouvent plus convenable pour le pays ! Les malheureux ! l’expérience du passe n’est donc rien pour eux ! Et c’est aux Cayes, c’est dans le Sud qu’ils osent faire un appel aux armes ! Mais, j’espère que le général Borgella réussira à dissiper cette révolte. »

Je lui appris alors que, dans le mois de décembre 1842, le général Solages m’avait écrit une lettre dans laquelle il me disait : qu’il venait d’apprendre que l’Opposition avait fait imprimer au Port-au-Prince un Manifeste dirigé contre le gouvernement, et que ce pouvait être un bruit comme tant d’autres que les opposans faisaient circuler. « Mais,

  1. J’aurai à citer mon nom si souvent dans ce chapitre, que je prie le lecteur de permettre que, dès à présent, je parle de moi à la première personne du singulier.