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soustraire à des vexations, il l’engageait à quitter les Cayes[1].

C. Ardouin fut sensible à ce procédé généreux. Il profita du retour ordonné par le général Borgella, de deux garde-côtes, qui étaient venus aux Cayes apporter des habillemens de troupes, etc., par ordre du Président, et il partit sur l’un d’eux dans la soirée du 8 mars pour se rendre au Port-au-Prince. Il y arriva le 13 dans l’après-midi, et annonça à Boyer la capitulation des Cayes.

Toutes les autorités de cette ville étaient déchues de droit par l’entrée de l’armée révolutionnaire. Le colonel Fabre Geffrard fut nommé commandant de l’arrondissement. Ainsi qu’il l’avait promis à Borgella, il eut pour lui tous les égards dus à son rang, à ses anciens services, au malheur de sa position actuelle, à son grand âge (70 ans) et à ses infirmités résultant de la paralysie dont il était affecté ; et si ce général ne fut pas alors mis en prison, il dut à Geffrard cette considération qu’on eut pour lui. Ce colonel ne pouvait oublier que son père avait honoré Borgella de toute son amitié, qu’il l’avait toujours distingué parmi les officiers de cette époque ; il ne pouvait oublier non plus, qu’à son tour, Borgella l’honorait lui-même de son affection et de son estime.

C’est ici le lieu, pour nous, d’apprécier la défection de Fabre Geffrard au 28 janvier. Nous avons, dit comment elle eut lieu, et par quels motifs il s’y détermina : la parole d’honneur qu’il donna au chef de bataillon R. Hérard, l’engagement pris, sous serment, de se dévouer à l’entreprise indiquée dans le Manifeste révolutionnaire, d’après ses propres convictions.

On a vu plus avant comment il se conduisit. Il ne tarda

  1. Le chef de l’Opposition reconnaissait ainsi, dès lors, qu’il était débordé.