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avant l’arrivée de l’armée populaire qui ne parut près des Cayes que le 8 dans l’après-midi, les principaux habitans se réunirent afin de présenter à Borgella leurs doléances, dans une pétition que rédigea le citoyen Emile Blanchard et qu’ils signèrent tous. Ils y rendaient justice à ses sentimens, à la sagesse avec laquelle il avait préservé la ville des dangers qui la menaçaient ; ils applaudissaient à sa prudence, à son zèle pour le maintien de l’ordre et de la paix publique.

« Général, dirent-ils, Haïti ne rend point seule hommage à votre gloire militaire. Votre nom a traversé l’immensité des mers pour prendre place dans les annales de l’histoire où la postérité inscrit ceux des grands hommes de chaque peuple. Rien ne peut plus flétrir cette gloire acquise par cinquante ans de guerre et de glorieux travaux. Vos cheveux blancs, nobles et beaux comme les lauriers qui couronnent votre front victorieux, ont reçu la double consécration de la valeur, de l’amour et du respect de toute une nation.

» Sous l’impulsion d’un sentiment impétueux, irrésistible, Haïti s’émeut et s’agite. De tous les coins du territoire, la nation s’est levée et se pose debout, les armes à la main, les uns pour revendiquer des droits méconnus, les autres pour garantir la République du désordre et de l’anarchie. Certes, nous devons tous défendre les institutions établies, maintenir les lois et le pacte fondamental de l’État ; mais s’il y a des réformes indispensables, nécessaires à la prospérité nationale, s’il est des réclamations justes, fondées, qu’on les produise, qu’on les mette au grand jour… L’armée qui se présente à nos portes s’annonce au nom de la patrie, ; au nom de la liberté, au nom des principes qui forment aussi la base de nos institutions… Tachons donc d’éviter