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blessés. Ce fut bientôt une déroute complète, beaucoup de soldats refusant de tirer ou jetant leurs fusils et gagnant les bois. On put cependant enterrer le cadavre de Cazeau près du bourg de Dalmarie, et les blessés furent embarqués à l’Anse-d’Eynaud pour être transportés, aux Cayes[1].

Ainsi, au combat du Numéro-Deux comme à Lesieur, la mort d’un brave officier devint funeste à la cause du gouvernement. Le destin sembla se prononcer contre lui : c’est qu’il y avait enthousiasme du côté des insurgés, et peu de conviction dans les rangs de ses défenseurs, malgré la fidélité qu’ils lui gardèrent.

Le même jour, 25 février, les insurgés obtenaient sur un autre point un nouveau succès, qui devait leur livrer tout le département du Sud. Du Petit-Trou, le général R. Hérard marcha contre l’Anse-à-Veau. Il suffit de son approche de cette ville, pour déterminer tous les militaires des 4e, 10e et 30e régimens à opérer une défection en sa faveur : aucun ne voulut combattre. Ce jour-là, on vit le colonel Thomas Hector, du 4e, aller jusqu’à la Petite-Rivière de Nippes avec son corps, uniquement pour protéger le salut du colonel Bazelais, gendre du Président d’Haïti, qui avait marché avec lui en sa qualité d’ingénieur, et qui se voyait forcé de retourner au Port-au-Prince. Si T. Hector usa de ces formes courtoises dans sa défection, le colonel Fabre Geffrard, toujours actif à l’avant-garde, usa aussi d’une modération louable en cette circonstance : entouré de ses jeunes et bouillans cavaliers, il poursuivit quelques instans le colonel Bazelais, qui ne s’en effrayait pas toute-

  1. J’écris la relation de la marche de Solages et des combats qui s’ensuivirent, d’après des notes de C. Ardouin tenues sur les renseignemens qui lui furent fournis ; mais, il est possible qu’il y ait des inexactitudes dans ce récit comme dans celui relatif à l’affaire passée à Lesieur.