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de son devoir militaire. Malgré le conseil, d’abord, puis l’ordre qu’il reçut de Borgella, il n’était pas encore parti de l’Anse-à-Veau, quand le colonel Lamarre y arriva avec les forces qu’il commandait en chef jusque-là : ce colonel le devança à Lesieur. Dès ce moment, Malette aurait dû être remplacé par Lamarre qui avait plus de résolution ; il le fut ensuite, par la mollesse qu’il montra à Lesieur, mais il était trop tard ; on avait perdu du temps, Lamarre n’ayant pu le déterminer à marcher sur Jérémie, peut-être sans défense alors, puisque les généraux Lazare et Rivière Hérard s’étaient portés avec toutes leurs forces contre les colonels Cazeau et Colin qui étaient à l’Anse-d’Eynaud.


Ces colonels et leurs troupes ne reçurent aucune preuve de sympathie de la part des habitans de ce bourg, et de ceux des Irois et de Tiburon : on leur refusait de leur vendre des provisions alimentaires, et il fallait attendre celles que l’administration des Cayes devait y envoyer. Ils ne manquaient pas de fonds, et ceux qui avaient été précédemment expédiés des Cayes pour payer les appointemens des fonctionnaires et la solde des troupes de l’arrondissement de Tiburon, tombèrent entre les mains du colonel Cazeau.

Les généraux Lazare et R. Hérard se firent précéder par le chef de bataillon Nazère Mouras, ancien officier du 17e, qu’ils envoyèrent en députation à l’Anse-d’Eynaud. Il disait que les insurgés s’étaient armés contre les mauvaises institutions du pays, mais non contre Boyer. Ces paroles produisirent une certaine irrésolution dans l’esprit des militaires qui souffraient de privations, tandis qu’on assurait que l’abondance régnait du côté des insurgés. Crai-