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yeux, qu’une révolte à main armée. Car, c’était une question à savoir, si les populations s’y rallieraient et la seconderaient pour qu’elle devînt une révolution à laquelle il dût se soumettre. Le gouvernement de Boyer, malgré tous les justes reproches qu’on pouvait lui faire, n’était pas une de ces odieuses tyrannies qui indignent tellement la conscience publique, que l’on est autorisé à se ranger de suite à côté de celui qui lève le drapeau de la liberté pour en affranchir son pays.

Cependant, le 28, Borgella avait reçu avis du chef de bataillon Létang-Labossière, commandant le Port-Salut : que la majeure partie de la garde nationale de cette commune avait été se réunir aux insurgés de Praslin[1]. La menace incessante que ceux-ci faisaient de marcher contre la ville des Cayes, l’obligea à la garder avec toutes ses forces jusqu’à l’arrivée du général Solages et de ses troupes. À la parade du dimanche 29, celles des Cayes se grossirent de tous les militaires formant l’effectif des corps, et même des congédiés depuis quelque temps ; la garde nationale était également bien réunie. Ce fut en ce moment que l’ordre du jour ci-dessus, fut publié et accueilli par tous. Dans la nuit, Borgella reçut un nouvel avis du commandant Labossière : que l’es insurgés s’étaient présentés devant le bourg de Port-Salut et que R. Hérard lui avait demandé une entrevue qu’il refusa. Après ce refus, ce dernier avait rétrogradé sur Praslin.

Le 30, informé que Solages et ses troupes étaient près des Cayes, Borgella ordonna au colonel Cazeau d’en sortir avec les 15e et 17e régimens et un bataillon de la garde

  1. R. Hérard était né dans cette commune : de là son influence sur une partie de ces habitans qui avaient été les premiers à se déclarer contre le gouvernement de Dessalines.