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Elle le porta à ordonner l’arrestation du capitaine Tuffet, de l’artillerie, sur la conviction acquise de ses sentimens en faveur des insurgés. Le commandant Rivière Hérard exerçait une grande influence sur plusieurs officiers de son corps, et il fallait la nullifier par des actes de précaution, sinon de rigueur. Le lendemain 29, le colonel Cazeau fit arrêter le lieutenant Thomas Presse, aussi de ce corps et neveu de Madame Borgella.

Dès le 27, Borgella avait écrit au Président pour l’informer de la révolte dont R. Hérard était le chef, et au général Solages, commandant de l’arrondissement d’Aquin, pour le requérir de venir aux Cayes avec le 15e régiment et les gardes nationales de son arrondissement[1]. Il en avait également informé le général Malette, commandant celui de l’Anse-à-Veau, afin d’y porter toute sa surveillance.

Le 29, il émit un ordre du jour devenu nécessaire dans l’occurence. Il faisait savoir que « le chef de bataillon Rivière Hérard, aidé de quelques factieux et d’autres gens qu’il a égarés, avait levé l’étendard de la révolte et osé lui écrire pour en faire la déclaration. Il prétexte le besoin d’améliorations sociales, comme s’il était possible d’en obtenir, en armant le fils contre le père, le frère contre le frère, en exposant les propriétés. Je dois compter sur l’honneur et les nobles sentimens du peuple de cet arrondissement. En conséquence, le commandant R. Hérard est déclaré traître à la patrie. »

Le général Borgella ne pouvait considérer autrement cet officier soumis à ses ordres, ni ceux qui l’aidaient dans son entreprise : celle-ci n’était, et ne pouvait être à ses

  1. La dépêche de Borgella à Boyer lui parvint le dimanche 29, à 3 heures de l’après-midi.