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immoraux, déconsidérés, qui n’ont su y arriver que par la flatterie, la délation, l’intrigue ou l’importunité, tandis que des citoyens patriotes, éclairés, consciencieux, vertueux, couverts de titres, connus par d’éminens services, parfaitement aptes, restent dans l’oubli, demeurent dans l’inactivité, s’ils ne sont persécutés… » — la liberté de la presse « qui n’existe plus de fait ; » — les tribunaux, confiés « à nombre de magistrats improvisés et de créatures du chef, à qui l’on remet la destinée des citoyens ; » — le jury, « aboli dans presque toutes lés causes criminelles ; » — la garde nationale soldée (l’armée) : « n’est-il pas juste que l’on parvienne aux grades élevés par le mérite et l’ancienneté, et non par la faveur et la protection ?… la solde et l’avancement ne doivent point dépendre des volontés, du caprice, ou du bon plaisir de celui qui commande… »

Puis encore : « Détournons nos regards du président Boyer ; fixons-les sur les grands intérêts de la patrie : il ne s’agit en ce moment que des principes. Dans la balance de la chose publique, un homme n’est rien. Sans doute, ce sont nos défectueuses institutions qui l’ont fait ce qu’il est. Il sera par l’Histoire attaché au pilori de l’infamie, ce chef dont le règne de vingt-quatre années a détruit les nobles travaux de nos aïeux, qui nous a ravi toutes nos libertés, sans exception ; ce chef qui s’est gorgé de richesses et qui en a gorgé ses favoris, qui ne fait rien que pour ses satellites ; dont la politique n’a jamais été que de se maintenir au pouvoir, en sacrifiant l’intérêt général, en pratiquant un machiavélique laisser-aller, en divisant les citoyens ; ce chef qui s’est montré constamment l’ennemi acharné du progrès, des améliorations et de la civilisation, qui a tant de fois