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Quoi qu’il en soit, quelques opposans du Port-au-Prince saisirent cette circonstance douloureuse pour envoyer auprès de ceux des Cayes, un agent secret chargé de leur dire que le moment était opportun pour se prononcer ouvertement ; que les esprits étaient arrivés au paroxysme de l’indignation et de la haine contre Boyer. M. Maurice Dupuy, négociant, désigna son commis, le jeune Dominique, qui partit avec cette mission dans laquelle il mit un zèle digne de son âge[1].

L’Opposition allait donc prendre les armes, proclamer une insurrection contre le gouvernement ! Nous devons faire connaître ses actes préparatoires, tenus secrets, ou à peu près, jusqu’alors.


Le 1er septembre 1842, une réunion formée, aux Cayes sous le nom de « Société des droits de l’homme et du citoyen, » et présidée par M. Hérard Dumesle, arrêta et signa un acte intitulé : « Manifeste ou Appel des citoyens des Cayes à, leurs concitoyens, » contenant l’exposé des griefs de l’Opposition contre le président Boyer, le Sénat, la Chambre des communes et la constitution de 1816.

Cet acte parla des hauts faits de nos devanciers et dit : « Dans quel état se trouve aujourd’hui le pays qu’ils ont conquis pour nous ? Qu’avons-nous fait de tant de beaux exemples qu’ils nous ont laissés ?… L’ambition, la cupidité, l’hypocrisie, la fourberie, la bassesse, la délation, l’égoïsme, n’ont-ils pas remplacé toutes ces vertus qui honoraient nos prédécesseurs ? Quelle est la cause de ce déplorable état de choses ? D’où vient notre hideuse mi-

  1. On a dit que M. Maurice Dupny s’était entendu à ce sujet, avec MM. Franklin, Fayard, Corin aîné, Chéri Archer, qui auraient eu connaissance des préparatifs d’une insurrection aux Cayes.