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même, bien des projets de loi que l’opinion réclamait ; il devait ordonner bien des mesures d’administration reconnues urgentes ; il devait, enfin, se mettre à la tête des réformes jugées utiles par les esprits les moins prévenus contre lui. En agissant ainsi, il fût entré dans la voie indiquée par le message du Sénat en date du 19 mars, à côté de l’idée exprimée dans ce message, d’une « dictature temporaire » qui n’était plus nécessaire, puisque la Chambre des communes avait, non-seulement écarté les éliminés de 1839, mais tous les autres membres de l’Opposition.

Supposons un instant que Boyer eût senti la convenance, la nécessité de renoncer aux attributions ministérielles qu’il s’était fait donner par la loi subsistante de 1819, relative aux grands fonctionnaires, et qu’il eût saisi cette circonstance grave pour proposer au corps législatif la création d’autres offices de secrétaires d’État, comme le permettait la constitution. En les organisant de manière à laisser à ces ministres des attributions réelles pour administrer leurs départemens, et à ne réserver au chef de l’État que l’impulsion gouvernementale ; en les instituant pour former un conseil, présidé par lui, qui délibérerait avec lui sur toutes les mesures de gouvernement et d’administration jugées utiles au bien public, afin que la responsabilité ne pesât pas sur lui seul ; en appelant à ces hautes fonctions un homme de chaque département territorial, pour satisfaire aux susceptibilités locales, même aux amours-propres et aux vanités individuelles ; si Boyer eût pris cette résolution, en même temps qu’il eût agi comme nous venons de le dire, et qu’il eût fait des promotions dans l’armée, n’aurait-il pas réduit l’Opposition à l’impuissance ? Il avait en sa faveur, depuis vingt-quatre ans, des faits éclatans qui avaient marqué son administration, qui la recommandaient aux