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vement les premiers arrivés à la capitale pour les faire entrer dans cette voie, employant toutefois les raisonnemens les plus propres à les persuader de ne pas agiter le pays qui avait besoin de son repos, leur donnant en outre l’assurance que Boyer était très-disposé à satisfaire aux justes exigences de l’opinion publique. Il fit même appeler chez lui plusieurs des opposans dont il estimait le caractère et les sentimens patriotiques, afin de les rallier au gouvernement, en leur exposant combien l’union et l’harmonie entre les citoyens de la République réclamaient de tous le sacrifice d’opinions trop avancées dans l’état actuel des choses ; mais il ne réussit pas à persuader ces derniers.

Enfin, les représentans, étant rendus en majorité au palais de la Chambre des communes, commencèrent leurs opérations par la vérification des pouvoirs de chacun d’eux, sous la présidence du citoyen Jh Lafortune, doyen d’âge, représentant du Mirebalais. Il est facile de concevoir que les signataires de la protestation du 2 avril ne purent parvenir à faire partager leurs opinions par les jeunes capacités qui se trouvaient en leur présence. Loin d’exclure, dans la vérification des pouvoirs, les quatre éliminés de 1839, on les admit comme membres de la nouvelle législature. Ainsi, l’espoir du Sénat et du Président d’Haïti était déçu. Le 9, la Chambre se constitua en formant son bureau : M. Lauclun fut élu président. Ce choix prouva que la majorité votait pour l’Opposition. Néanmoins, ce ne fut pas sans difficulté qu’elle parvint à ce résultat : indépendamment des signataires de la protestation, d’autres représentans hésitaient sur le parti qu’ils devaient prendre. Informé de cela, après la séance, le général Inginac convoqua chez lui les uns et les autres, afin de combiner de nouveaux moyens de succès, dans le sens du gouvernement.