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intégral de ce papier-monnaie, « pour alléger la misère extrême du peuple souverain, » elle eût entravé l’emprunt qui était nécessaire pour cette opération.

Toutes ces considérations, toutes ces difficultés frappèrent MM. S. Villevaleix, J. Paul, B. Ardouin et Inginac surtout. Ils exposèrent franchement leurs opinions au Président, pour le porter à renoncer à ce plan financier qui leur paraissait dangereux. Le sénateur B. Ardouin lui dit : « On vous promet de toutes parts de contribuer à l’emprunt ; mais persuadez-vous, Président, qu’il y a peu de fortunes dans le pays, peu de personnes qui possèdent de la monnaie étrangère ; et rappelez-vous encore les belles promesses qui vous furent faites pour payer l’indemnité à la France, et la conduite qu’on a tenue quand parut la loi sur la contribution extraordinaire. » — Après avoir raisonné longuement pour prouver la nécessité de conserver le papier-monnaie et de n’en opérer le retrait que graduellement, en améliorant successivement les finances de l’État, le général Inginac prononça ces mots : « Président, si vous faites cette opération, je ne crains pas de vous le dire, votre gouvernement sera renversé. » Boyer lui répondit : « Il y a longtemps qu’on le menace d’un renversement, et il est encore debout. Enfin, Messieurs, ajouta-t-il, je vois que vous n’êtes pas du même avis que moi. J’ajourne donc ce projet qui pourra être repris plus tard. »

Quiconque a pu bien apprécier le caractère du président Boyer, reconnaîtra qu’il n’ajourna ce projet que parce qu’il fut convaincu des inconvéniens qui lui furent exposés.

Il faut mentionner ici trois condamnations judiciaires qui contribuèrent à exalter l’Opposition contre le gouvernement.