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du gouvernement : cependant, avant de recourir à l’emploi des moyens dont il est investi pour la sûreté de la République, il mettra au premier rang de ses devoirs, la modération dont il a donné tant de preuves… »

Ce qu’il y avait de singulier dans ces deux actes du Sénat et du pouvoir exécutif, c’est qu’ils parlaient du maintien de la constitution, alors qu’il s’agissait de la violer : c’était une triste chose. Néanmoins, si le lecteur se rappelle ici tout ce qui s’était passé dans les sessions législatives de 1838 et 1839, ce qui s’en était suivi jusqu’alors, les discours, les écrits publiés dans les journaux, il ne pourra disconvenir que le message du Sénat faisait une peinture fidèle de la situation du pays, d’après le travail incessant de l’Opposition sur les esprits. Placé entre elle, ou plutôt entre ses chefs et Boyer, le Sénat ne devait-il pas préférer le chef de l’Etat à eux, et le soutenir contre leurs projets avoués hardiment ? C’est pourquoi il traça ce tableau pour être offert aux yeux des fonctionnaires publics, des citoyens, des pères de famille, qui, tous, avaient besoin de leur repos, de leur sécurité, plus encore que de changemens notables dans la constitution, d’améliorations formulées avec tout l’art naturel aux oppositions qui s’élèvent contre les gouvernemens, pour capter les esprits généreux. Nous ne nions pas cependant que ces deux actes étaient de nature à exciter l’amour-propre des opposans, à provoquer leur persévérance.

Une telle situation présentait trois voies pour en sortir ; ou une révolution, par le renversement de Boyer du pouvoir, afin que ce pouvoir passât aux mains de la Chambre des communes, c’est-à-dire à H. Dumesle et D. Saint-Preux ; — ou une dictature temporaire ou coup d’Etat, qui eût fait dissoudre la Chambre pour appeler les citoyens à élire des représentans plus modérés, parce que ces tribuns préten-