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disposé à vous prêter son concours pour sauver la chose publique : fidèle à la ligne de conduite qu’il a toujours suivie, il ne peut oublier que « le salut du peuple est la loi suprême. »

Treize sénateurs présens à la séance du 19 mars signèrent ce message. M. Rouanez, qui avait reconnu la situation si grave du pays et conclu son opinion dans le sens qu’on vient de lire, prétexta de maladie pour ne pas s’y présenter et signer ; le colonel Bouzy avait malheureusement succombé, le 17, à une congestion cérébrale[1].

Le 23, Boyer publia une proclamation dans laquelle il rappelait au peuple ce qui avait eu lieu dans la session de 1839 ; il disait :

«… La résolution adoptée contre plusieurs députés, parjures à leur mandat, était un acte de sévère, d’indispensable justice : le rétablissement immédiat de l’ordre et du calme l’a justifié…

» La Chambre des députés qui va bientôt se réunir pour commencer la 6e législature, comprendra ce que l’intérêt du bien public et sa propre dignité lui prescrivent de faire pour le maintien de la tranquillité publique et de l’harmonie entre les grands pouvoirs de l’Etat.

» Déjà le Sénat, dans cette grave circonstance, s’est assemblé pour veiller au dépôt sacré de la constitution, et pour offrir son concours patriotique au pouvoir exécutif, qui saura remplir les obligations qui lui sont imposées….

» Ayez confiance dans la sagesse comme dans l’énergie

  1. Des opposans osèrent dire que ce loyal et brave officier avait été empoisonné pour avoir opiné au Sénat contre le gouvernement ! Il devait diner avec ses collègues chez le secrétaire général, le 17 au soir : sa maladie l’en empêcha. Bouzy a mérité les regrets de ses compagnons d’armes, de ses collègues au Sénat et de Boyer ; car il possédait de belles qualités. La patrie n’oubliera jamais qu’il était à côté de Pétion dans le danger que cournt ce grand citoyen le 1er janvier 1807.