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blic, qu’autant qu’il serait fondé sur la constitution ; et pour qu’il le fût, il aurait fallu dire à Boyer tout ce qu’il y avait eu de contraire à ce pacte fondamental de la part de la 5° législature, en 1839, et dans les adresses, envoyées au pouvoir exécutif ; et de plus, ce qui était encore inconstitutionnel, dans son message du 15 mars. Le Sénat le pouvait-il, sans proclamer, par ce seul fait, une révolution dans l’Etat, en se plaçant ainsi à la tête de, l’Opposition ? Dans la situation des choses, c’était impossible ; chacun des sénateurs le reconnut.

Mais il appartenait peut-être à un militaire de trancher la haute question qui se présentait au corps. Le sénateur colonel Bouzy fut le premier à émettre son opinion contre l’admission des éliminés à la nouvelle Chambre, pour fortifier le Président d’Haïti dans sa pensée ; et c’était à ses collègues, de la classe civile à trouver des argumens plus ou moins plausibles pour l’appuyer devant la nation. Le sénateur Rouanez exposa la situation difficile du pays avec beaucoup de lucidité, et termina son avis par la légende du Sénat : « Le salut du peuple est la loi suprême. » Plusieurs autres opinèrent dans le même sens, de même que le sénateur B. Ardouin, qui céda le fauteuil, de la présidence, afin de donner son avis. Approuvant celui de M. Rouanez, il proposa au Sénat de former une commission qui serait chargée de la rédaction de la réponse à faire, à Boyer, laquelle devrait exposer la situation de la République, telle qu’elle, apparaissait au Sénat. Ainsi fut la résolution du corps : le bureau s’adjoignit deux autres membres, et le 19 mars le Sénat approuva et vota ce travail. Après un préambule où se trouvaient rappelés les termes du message présidentiel, celui du Sénat disait :

« La temps est arrivé, Président, où l’opinion dé la na-