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En attendant, M. Pilié arriva de Jacmel. Le Président lui ayant proposé d’accepter le porte-feuille des finances, il y consentit malgré les scrupules qu’il éprouvait, à raison de son estime pour M. Imbert qui était son chef immédiat depuis si longtemps. Le 20 février, Boyer rendit un arrêté par lequel il annonça cette nomination, « Attendu que le citoyen Imbert, secrétaire d’État, à cause de son état de maladie prolongé, n’a pu, depuis quelque temps, donner aux hautes fonctions qui lui sont attribuées, le soin et l’activité nécessaires, et qu’il importe ; dans l’intérêt du bien du service, de remédier à cet état de choses. » Cet acte fut publié le lendemain matin.

Mais, dans la soirée du 20, il y avait eu grand dîner au palais. Le colonel Hogu s’y trouvait ; il était un intime ami de M ; Imbert. Longtemps opposé au Président, il venait de se laisser persuader par le général Inginac, de se rallier au gouvernement et d’accepter le commandement dé l’arrondissement des Gonaïves, pendant que le général Segrettier (logé chez Inginac depuis trois mois au moins), qui avait contribué à ce résultat par ses conseils donnés à Hogu, sollicitait lui-même en vain d’être remplacé dans le com mandement de l’arrondissement de Jérémie, à cause de la ferveur de l’Opposition dans cette ville[1].

À raison de l’intimité qui existait entre M. Imbert et le colonel Hogu, Boyer, après le dîner, chargea ce dernier d’aller annoncer à son ami, avec tous les ménagemens possibles, la mesure qu’il venait de prendre : il lui dit de remplir cette mission dans la soirée même, parce que l’arrêté serait publié le lendemain matin. Ainsi, le Président

  1. Boyer fut mal inspiré en refusant de remplacer le général Segrettier, son ancien ami il est vrai.