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la dictature confiée à son patriotisme jusqu’à la paix intérieure, pour appeler les pairs de la nation à convoquer une assemblée de révision. C’est à cette époque de crise et d’agitation que naquit la constitution de 1816, qui, malgré ses imperfections, eut la vertu de moraliser et de tranquilliser la République durant plus de vingt années.

» Cet exemple, Président, est digne d’être imité.

» Le choc qui existe entre les principes fondamentaux et les dispositions réglementaires de la constitution sont une antinomie qui doit disparaître du code des droits et des devoirs. L’expérience proclame cette vérité : les dispositions réglementaires d’une constitution arrêtent le jeu libre des ressorts du gouvernement, dont les principes fondamentaux sont le mobile ; elles amoindrissent la somme de bien qui doit découler de son action. La nation vous supplie donc d’assurer son avenir ; vous en avez la puissance et le génie : aujourd’hui que la paix est imperturbable, il n’est plus temps d’ajourner. Exprimez un vœu, et bientôt des mains régénératrices reconstruiront l’édifice social. Ravivez nos institutions qui sont déjà menacées de vétusté, parce qu’aux yeux du pays, elles sont insuffisantes pour les besoins de la société[1].

» La situation présente offre le spectacle de la lutte des vieilles théories contre la nécessité des améliorations : rendez impossible la réaction contre les idées, et vous empêcherez le retour du passé.

» Les peuples sont ce que les gouvernemens les font ; ils

  1. On reconnaît que H. Dumesle s’était pénétré de l’observation faite, avec justesse, par Machiavel, sur la nécessité où se trouvent les religions et les républiques, pour durer longtemps, d’être ramenées souvent à leur principe. — Voyez le chapitre 1er de la 3e partie des Discours sur la première Décade de Tite-Live.