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frappé, nous osons le dire, des vérités contenues dans ce dernier article et dans le précédent sur la politique intérieure. L’effet qu’ils produisirent sur les esprits, paraissant à quelques jeunes hommes, de nature à rallier, au gouvernement bien des personnes qui hésitaient entre lui et l’Opposition, ils conçurent aussitôt l’idée de publier un nouveau journal destiné à discuter les questions à l’ordre du jour, sinon avec plus de talent que ne le faisait le Manifeste, du moins avec plus de tact et de modération que n’en montrait cette feuille depuis son apparition. Ils sentirent qu’il fallait combattre la force effective du gouvernement, non par l’emportement, mais par la raison, toujours plus propre à désarmer la force, en essayant de convaincre le pouvoir qui en disposait. Ce fut, si nous ne nous trompons pas, le principal motif de la publication du Patriote, fondé par MM. A. Dupuy, Ate Elie, Saint-Amand et Émile Nau, ancien rédacteur de l’Union qui disparut en 1839.

Si le Manifeste battait en brèche les institutions politiques en démontrant, selon ses idées avancées, les vices de la constitution de 1816, ses imperfections en ce qu’elle avait donné trop de pouvoir au Président d’Haïti, en présence de la Chambre des communes qui, seule, devait exercer « la souveraineté nationale, » — le Patriote élucidait surtout les questions d’économie sociale ou politique, par des idées appropriées à l’état actuel des choses[1].

Nous ne parlons pas de la Feuille du Commerce qui avait tant abusé de l’arme de l’Opposition, qu’elle s’était usée entre ses mains : d’ailleurs, cette arme était maniée par un homme d’un âge aussi avancé que celui des hommes qui

  1. Vers la fin de l’année, cependant, le Patriote fit chorus aux attaques de son confrère contre la constitution : s’est qu’alors on conspirait.