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nement, il lui parla avec franchise. Après lui avoir cité toutes les personnes qui étaient encore dans l’administration des finances ou qui avaient fait partie de cette administration, — le Président lui faisant des objections à l’égard de chacune d’elles, — il lui dit, qu’à son avis M. Pilié était celui qui devait fixer son choix ; qu’il était depuis longtemps administrateur des finances d’un arrondissement important ; qu’il avait acquis dans ces fonctions une réputation bien méritée par sa probité exemplaire ; qu’il était généralement estimé de tous les honnêtes gens ; et qu’il serait, sans nul doute, bien accueilli du public, pour remplacer M. Imbert ; qu’en le nommant secrétaire d’Etat, ce serait encore suivre l’ordre hiérarchique. Mais le sénateur ajouta : « Si vous prenez cette mesure, Président, vous n’oublierez pas que M. Imbert est un ancien serviteur du pays, qui, malgré les défauts que vous lui trouvez, mérite vos égards, comme il avait mérité ceux de Pétion. Vous lui ferez jouir d’une pension honorable, en rapport avec la haute position qu’il occupe depuis 1810.

« C’est là mon intention, reprit Boyer : il aura une pension convenable[1]. » Et le Président annonça qu’il allait, dans la journée même, écrire à M. Pilié de venir de suite à la capitale. Il se leva alors pour congédier l’auditoire qui attendait en silence, et pour ne parler qu’aux officiers supérieurs de la garnison dont il s’approcha et qui croyaient recevoir l’ordre de tenir les troupes en cantonnement, comme il en avait été en d’autres circonstances ; mais il n’en fut rien.

On ne savait que penser du calme inaccoutumé que Boyer

  1. Je crois que cette pension fut fixée à 3, 000 gourdes, ou au moins à 2, 500. Mais on sait que M. Imbert n’en voulut point, et qu’en 1843 il se fit payer une année d’appointemens, — 4, 000 gourdes, — « parce que Boyer n’avait pas en le droit de le révoquer de ses fonctions. »