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seurs autres communes, d’après les rapports qui me sont parvenus. Il n’y a pas de doute qu’ils viendront à la Chambre dans l’intention d’agiter de nouveau le pays qui a besoin de sa tranquillité, qui veut son repos. Que faudra-t-il faire en présence d’une telle situation ? La plupart des fonctionnaires publics se montrent d’une mollesse singulière, les citoyens eux-mêmes se laissent entraîner aux idées subversives de tout ordre. On semble ne pas envisager la position réelle de la République, et vouloir, sans y penser, compromettre l’état présent des choses aussi bien que l’avenir de la patrie ! Le général Inginac m’a entretenu de plusieurs mesures qu’il croit nécessaires de prendre dans l’actualité, notamment de la publication d’un journal destiné à éclairer le public ; mais qui s’en chargerait ? Je ne vois que vous qui ne craignez pas d’émettre vos opinions. »

Le Président faisait beaucoup d’honneur à son interlocuteur, en lui parlant ainsi. Ce sénateur, confident des idées exprimées par le général Inginac, répondit au chef de l’État : « Je me chargerai avec plaisir de la publication de ce journal ; peut-être pourra-t-il produire quelque bien ; mais, seul, je ne pourrai suffire à cette tâche. Il y a au tour de vous, Président, d’autres fonctionnaires publics qui peuvent m’aider par leurs connaissances variées ; car le journal devra traiter bien des questions pour éclairer le public : le général Inginac lui-même, MM. J. Elie, Villevaleix, Faubert et d’autres encore ; on fera appel à leur patriotisme. Mais, Président, souffrez que je vous le dise avec franchise. C’est en vain que le journal essaierait de justifier le gouvernement et de le soutenir dans l’état présent des esprits, s’il n’est pas soutenu lui-même par le gouvernement. Le temps est arrivé, Président, où le gouverne-