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rie ; et l’amour du bien public vous portera à ne donner, vos suffrages qu’à des citoyens vertueux, et qui sachent que le premier titre du législateur à la confiance de ses concitoyens est le dévouement à la patrie. Je fais des vœux pour que la prochaine législature ne compte que des députés animés du désir de concourir, dans les voies constitutionnelles, à tout ce qui peut promouvoir l’amélioration de notre législation, la prospérité de la République et le bienêtre de la nation… »

Ce langage était bien celui que le chef de l’État devait tenir aux électeurs ; mais chacun allait l’entendre selon ses idées et ses sentimens.

Dès le 26 septembre précédent, le Manifeste avait publié un article, au sujet de la loi électorale de 1834, sur la formation de la liste des électeurs par les conseils de notables de chaque commune. Il reprochait aux électeurs l’indifférence, l’insouciance qu’ils avaient mise jusqu’alors à se rendre aux assemblées communales pour élire leurs représentans ; il les engageait à ne pas négliger ce devoir poulies prochaines élections de 1842 ; et comparant les dispositions de la constitution disant : « Il faut avoir atteint l’âge de majorité pour voter dans les assemblées communales, » à celles de la loi électorale qui fixaient cet âge à 25 ans, il concluait que cette loi était contraire à la constitution qui n’exigeait que la majorité civile de 21 ans ; que la constitution devait être plutôt observée que la loi. Aussi ce journal se récria-t-il bientôt contre la prétention du conseil communal du Port-au-Prince, à n’admettre sur la liste que les électeurs de 25 ans ; et cette trompette, embouchée à la capitale, en présence du chef du pouvoir exécutif, fut entendue d’un bout de la République à l’autre : partout on se prépara à lutter contre les conseils des communes, à se