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donner, toute la force à la diffamation, ne se rencontre pas dans l’espèce ; — Attendu que, bien qu’il soit permis d’écrire et de publier sa pensée, cependant la loi ne laisse point à personne la faculté, quelle que soit la véracité des faits, de se servir d’expressions outrageantes ou injurieuses contre qui que ce soit ; — Attendu qu’il demeure constant que le Manifeste du 12 décembre courant, contient des expressions outrageantes contre le sieur Levasseur, consul, général de France ;… Par ces motifs et en vertu de l’art. 320 du code pénal…, le tribunal condamne le prévenu, J.-F. Dumai Lespinasse…, à 80 gourdes d’amende (maximum de la peine établie par cet article), et ordonne la suppression du n°37 du Manifeste, conformément à l’art. 957 du code de procédure civile[1]. »

Les procédés de M. Levasseur avaient paru si extraordinaires et si violens au public, qu’il applaudit à ce jugement qui, en écartant la prévention de diffamation, ne prononça que la peine relative à l’injure. L’Opposition de la capitale, dont M. Dumai Lespinasse était devenu le chef depuis qu’il publiait le Manifeste, s’en réjouit surtout en le voyant sortir presque, triomphant du ministère public agissant par ordre du gouvernement. Mais on va voir bientôt que le consul général de France, qui s’était volontairement emprisonné à bord du Berceau[2], imagina de servir la cause des opposans pour se venger et du général, Inginac et du gouvernement, tout en essayant de trouver moyen de sor-

  1. Dans ce procès, M. D. Lespinasse se défendit avec talent ; il fut assisté de plusieurs de ses confrères du barreau de la capitale. Après le jugement, il fut porté du tribunal jusque chez lui, en signe de triomphe ; et une souscription patriotique solda aussitôt l’amende et les frais auxquels il était condamné.
  2. S’ennuyant très-souvent être renfermé à bord du Berceau, M. Levasseur se faisait mener en canot sur la côte de Bizoton ; il y trouvait ses chevaux et se promenait agréablement pendant plusieurs, heures. Cela faisait rire au Port-au-Prince