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Dès 1804, un sieur T. B. Smith, anglais, vint s’établir en cette ville en qualité de négociant cosignataire, en obtenant de Dessalines des lettres-patentes pour exercer cette industrie. Deux ans après, l’Empereur, se trouvant à Jérémie pendant sa dernière tournée dans le Sud, ordonna son renvoi du pays, soit que M. Smith lui en eût donné réellement sujet, soit qu’il fût encore sous la fâcheuse influence des mauvais sentimens qui occasionnèrent l’assassinat de Thomas Thuat à Jacmel. Cet ordre allait être exécuté, quand survint l’insurrection des Cayes, qui entraîna la mort de Dessalines. En cette circonstance, le général Férou envoya M. Smith à la Jamaïque pour en rapporter des armes et des munitions. On peut facilement croire que cet étranger remplit cette mission avec zèle : il acquit dès-lors des titres à la considération des autorités et des citoyens. La révolte de là Grande-Anse lui fournit encore l’occasion de prouver son attachement au nouvel ordre de choses ; il se joignit à la garde nationale pour aider au maintien de l’ordre public. Dans sa prospérité, rendant des services aux uns et aux autres, il finit par se faire considérer à Jérémie comme ayant dès droits à la qualité de citoyen ; il obtint des patentes à ce titre pour l’exercice de son industrie, il acquit même des propriétés urbaines et rurales en son nom, il se maria en 1835 à une haïtienne. Dans tous ces actes et dans des procès qu’il eut pardevant les tribunaux, il fut qualifié de citoyen.

Cependant, en 1819, sur le refus que lui avait fait le conseil des notables, de lui délivrer une patente comme haïtien, M. Smith adressa au Président une pétition appuyée de plus de cent signatures, dans laquelle il sollicitait une « lettre de naturalisation » dû chef de l’Etat pour faire cesser tout doute sur sa qualité. Mais, le 20 juillet, le Pré-