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fit raconter par Juste tout ce que ce sergent savait de la trame, et quoiqu’il ne restât pas dupe de la démarche que ce sous-officier avait faite auprès de son brave chef de bataillon, il l’en félicita et le promut de suite au grade de sous-lieutenant. À l’instant même, il manda le général Thomas Jean, commandant titulaire de la place et provisoirement de l’arrondissement, ainsi que le colonel Victor Poil, adjudant de place, et il leur donna l’ordre d’arrêter sans délai ceux que Juste avait désignés comme les principaux auteurs ou complices du complot. C’étaient : le capitaine Jean-François Mathurin, du 8e régiment d’infanterie ; le lieutenant Jean Michel, du même corps ; le sous-lieutenant Léon Cauchois, des grenadiers à pied de la garde ; le sergent Léon Pierre-Louis, du même corps ; et le lieutenant Jean-Louis Bellegarde, des chasseurs à cheval de la garde. Ce dernier s’évada et ne put être arrêté ; Jean Michel se tint caché quelques jours avant d’être saisi.

Par ordre du Président, une instruction d’enquête s’ouvrit au bureau de la place dès le lendemain matin, afin d’interroger les inculpés en présence de Juste, dénonciateur du complot. Le général Inginac s’y trouva pour mieux la diriger. La dénonciation était si formelle, que les inculpés ne pouvaient pas nier les faits à eux imputés ; mais ce fut surtout le lieutenant Jean Michel qui, lorsqu’il fut arrêté, avoua avec fermeté, comme ses complices, l’objet et le but de ce regrettable complot. Ils déclarèrent qu’à leur avis, le Président ayant compromis l’honneur, la dignité et les intérêts de la nation, par l’acceptation de l’ordonnance de Charles X et les arrangemens pris avec la France, il était urgent de le déposer du pouvoir qu’il exerçait ; qu’alors les troupes proclameraient le général Borgella, « Président d’Haïti ; » qu’elles feraient un appel à son patriotisme afin