Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 10.djvu/336

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


qui motivaient cette clause. Mais le général Inginac répondit : « Je le dis ici en mon nom et au nom de tous mes collègues : nous n’accepterons jamais des conditions semblables ; » et il s’étendit aussi sur toutes les considérations qui nécessitaient leur refus. Le sénateur Ardouin lui vint en aide, en disant : « L’acceptation de cette clause comminatoire serait pour nous une humiliation, sans être effectivement pour la France une garantie. Son seul recours en cas de non-accomplissement des conditions du traité, serait la guerre… Le Président d’Haïti ne souscrira jamais à cette clause, et il ne trouverait même aucun Haïtien qui voulût la signer…[1] » Le sénateur Frémont étaya son collègue par ces mots : « À quoi servirait une clause pareille, si l’honneur national ne commandait pas de remplir les engagemens ? L’honneur est la seule garantie que la France puisse exiger. » Les deux sénateurs furent soutenus par M. S. Villevaleix, et le général Inginac qui finit par dire : « que l’adoption d’une telle clause causerait une irritation excessivement dangereuse et soulèverait l’opinion publique ; » et les autres plénipotentiaires confirmèrent cette pensée.

MM. de Las Cases et Baudin s’entretinrent alors en particulier et renvoyèrent à la conférence suivante, pour faire connaître leur résolution. Celle-ci se termina par la proposition que firent les plénipotentiaires haïtiens, de répartir le payement du solde de 60 millions en 30 ans, et par la déclaration que la République affecterait un million de

  1. On peut lire ces paroles dans le procès-verbal de la 4e conférence. Je sus ensuite que Boyer trouva mauvais que j’eusse dit : « qu’il ne trouverait même aucun Haïtien qui voulut signer un traité avec la clause comminatoire, » dans la supposition qu’il voulût y consentir lui-même. Mais j’avais d’abord dit : « qu’il n’y souscrirait jamais ; » et, dans ma pensée, c’était pour donner plus de force à mon affirmation que j’ajoutais ces mots, pour faire entendre qu’il était d’accord avec ses concitoyens.