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Sénat, et annoncé que le trésor de France avait reçu le remboursement de ses avances ; le Président dit :

« Le commissaire dont on annonce la prochaine arrivée, vient-il, dans un esprit de conciliation, pour régler les propositions que nous avons faites à son gouvernement ? Si telle est sa mission, il trouvera dans le gouvernement haïtien le désir sincère de se prêter a tout arrangement possible, et qui soit surtout compatible avec l’honneur national. Si, au contraire, comme un bruit généralement répandu semble l’accréditer, il s’avance, entouré de l’appareil de la guerre, avec la prétention de nous imposer des conditions que tout peuple libre doit rougir d’accepter, la nation se rappellera sa première énergie, elle sera fidèle au serment qu’elle a fait de défendre à extinction ses droits et son indépendance.

» Haïtiens, soyez calmes, mais soyez prêts à tout événement. Que votre confiance réponde toujours au dévouement du Président d’Haïti pour vos intérêts les plus sacrés. Montrez, jusqu’au dernier moment, votre respect inviolable pour le droit des gens, et que le monde entier, en admirant votre modération et votre héroïsme, reconnaisse que vous êtes dignes du rang auquel votre courage vous a élevés parmi les nations civilisées. »

Cette proclamation était tout ce qu’il fallait dans la circonstance. Elle exposait parfaitement les questions à résoudre entre la France et Haïti ; et, en disant que « le gouvernement haïtien avait le désir sincère de se prêter à tout arrangement possible, » le Président déclarait par cela même qu’en faisant ses propositions, il n’avait pas entendu signifier un ultimatum au gouvernement français : ce qui eût été fort déplacé de sa part, et dans la position d’Haïti comme débitrice d’une somme énorme, et