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dinaire, qu’elle diminua excessivement les vivres cultivés dans le pays, en influant également sur la production des denrées d’exportation, principalement le café dont la récolte ne s’éleva qu’à environ 31 millions de livres, tandis que 1836 en avait produit 37 millions et que 1838 en offrit près de 50 millions à l’exportation. La crise financière des pays étrangers, survenant dans cette circonstance, les États-Unis ne purent expédier à Haïti autant de comestibles que d’habitude ; de là la cherté excessive des alimens. Les commerçans, étrangers et nationaux, qui inspirèrent la proposition Couret, savaient fort bien toutes ces choses ; mais à côté de la gêne que leur occasionnait passagèrement la crise financière au dehors, pour payer les droits d’importation en monnaies étrangères, se trouvait l’urgente nécessité permanente d’assurer au trésor de la République des ressources claires pour payer la dette nationale ; ils ne l’ignoraient pas non plus.

Il y avait une autre cause qui contribuait au malaise du commerce, et elle était aussi indépendante de la volonté du gouvernement. Une grande quantité de café d’Haïti se vendait en France. Jusqu’en 1836, cette denrée y payait les mêmes droits que les cafés de toutes autres provenances, à l’exception de ceux des colonies françaises toujours favorisés, comme de raison. Dans cette année, le 17 mai, la France, dans la vue de faciliter la grande navigation de ses bâtimens marchands, de former des matelots, rendit une loi qui abaissa les droits à l’entrée des cafés de l’Inde, en maintenant ceux que payaient les cafés d’Haïti, soit par navires français, soit par navires étrangers[1]. Il s’ensuivit

  1. Par cette loi du 17 mal 1836, les cafés de l’Inde payaient, par navires français, 62 fr., par navires étrangers, 105 fr. ; ceux d’Haïti payaient par navires français, 95 fr., par navires étrangers, 105 fr. ; la différence était donc de 33 fr, au désavantage des cafés d’Haïti importés en France par les navires français.