Page:Ardouin - Étude sur l’histoire d’Haïti, tome 10.djvu/302

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


représentans, commerçans nationaux et étrangers, citadins de la capitale et autres villes de la République, tous s’attendaient à ce qu’un projet de loi serait adressé à la Chambre par le pouvoir exécutif, pour remplir le but proposé. Mais Boyer méditait encore le 10 juillet, quand arriva le moment de la clôture de la session législative, et sa réponse fui consignée dans une « proclamation adressée aux Haïtiens : » nous en parlerons bientôt.

En attendant, le 28 juin, veille de la Saint-Pierre, fête patronale adoptée par Boyer, la Chambre lui vota une adresse de félicitations, proposée par son bureau et lue en séance publique par D. Saint-Preux, l’un des secrétaires. Elle fut expédiée sous la forme d’un message, attendu que le Président restait absent de la capitale ce jour-là. La Chambre disait : « Président, c’est un usage vénéré chez les peuples libres et jaloux de leurs droits, d’honorer leur premier magistrat dans les solennités et aux jours consacrés à la joie et aux souhaits… Représentant de toutes les affections du pays et expression des désirs populaires, la Chambre est profondément persuadée, et aime à le répéter : la gloire, cet aliment des grandes âmes, serait sans attrait pour vous, si elle ne devait produire la félicité publique, objet de vos vœux les plus chers. Que cette noble et généreuse pensée dirige à jamais votre cœur ! etc. »

Il était impossible, vraiment, de faire plus d’avances pour concilier le droit constitutionnel de la représentation nationale avec les prérogatives, également constitutionnelles, du chef de l’État ; et dans le cas où elles n’aboutiraient pas au gré des désirs de l’Opposition, elles devaient être en quelque sorte comme des fleurs dont on ornerait la victime, avant de la sacrifier sur « l’autel de la patrie. »