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droits d’importation en monnaies étrangères, qui gênait toutes les transactions, et l’urgente nécessité de rapporter cette loi. La proposition fut envoyée à l’examen des trois sections ou comités de la Chambre, de législation, de l’intérieur et des finances, et elle fut appuyée. Onze orateurs s’inscrivirent pour discourir à ce sujet ; on était en plein régime parlementaire. Le 16 juin, Couret développa sa proposition : « Le patriotisme, le dévouement, l’honneur et le désir de remplir son mandat fidèlement le guidaient seuls ; la loi avait été rendue avec les intentions les plus louables, mais loin d’avoir produit l’effet désiré, elle avait entièrement paralysé le commerce, arrêté l’industrie dans son essor ; et si la misère publique n’en était pas la triste conséquence, elle était du moins le complément de ses effets ; la loi menaçait notre système monétaire d’une destruction d’autant plus redoutable que le mal semblait être prochain !… » Tels furent les principaux argumens employés par l’orateur qui, d’ailleurs, parla du Président d’Haïti avec une parfaite convenance[1]. À son exemple, les autres orateurs furent aussi irréprochables sous ce rapport.

Mais Daguerre, autre représentant du Port-au-Prince, tout en admettant le but de la proposition, fut le seul qui conclut à ce que la Chambre chargeât son président, H. Dumesle, d’en entretenir particulièrement Boyer, attendu que c’était aux commerçans, disait-il, à exposer eux-mêmes leur situation et leurs vues pour l’améliorer ; et, comme s’il était initié aux vrais motifs qui avaient déterminé l’adoption de cette mesure financière, il ajouta à la

  1. M. Couret est le même personnage qui figura dans les faits passés à Samana en 1822, quand l’amiral Jacob y vint sur la demande des colons français établis dans cette presqu’ile. Il était devenu l’un des plus ardents patriotes.