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Gabriel fut étouffée, inspirèrent beaucoup de sécurité à Boyer, un peu trop peut être, sur la solidité de son pouvoir. En cette circonstance, comme dans une autre qui eut lieu en 1838, il se convainquit, que s’il y avait dans la République des ambitieux qui désiraient y attenter, du moins la majorité des citoyens des villes et bourgs, les masses des campagnes, n’adhéraient pas à de tels projets, et qu’il suffirait toujours de la fidélité et du dévouement de quelques fonctionnaires dans chaque localité, pour réprimer promptement toute tentative contre l’ordre établi, sans que le chef de l’État eût besoin de se déplacer de la capitale.

Oui, cela était évident ; mais il fallait aussi qu’il s’assurât cette fidélité et ce dévouement des fonctionnaires par tous les moyens dont un gouvernement dispose pour maintenir la tranquillité publique, au grand avantage de la société tout entière, et c’est ce qui n’était pas toujours le fait de Boyer. Par exemple, dans l’affaire relative à Bélonie Narcisse, fidèle et dévoué, n’eut-il pas le tort d’être trop prévenu contre cet officier supérieur qui avait longtemps servi dans sa propre garde, trop prévenu en faveur du traître Izidor Gabriel ? Au lieu d’ordonner, avec sa vivacité ordinaire, la mise en jugement de B. Narcisse, n’aurait-il pas dû le mander à la capitale avec ce colonel, pour les entendre tous deux ? Après ce jugement, si iniquement prononcé, après la dégradation publique de cet officier supérieur d’un courage si éprouvé, qui eût voulu s’exposer à dénoncer régulièrement, légalement, un projet de conspiration qu’on saurait exister contre le gouvernement ? B. Narcisse n’avait pas suivi la voie légale, cela est vrai ; mais il y a toujours des nuances en de tels cas qu’il faut pénétrer pour être équitable ; et s’il est vrai que Boyer avait été informé préalablement de menées sourdes contre le gouvernement, le bon sens dit