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survenue parmi les troupes, etc. Insistant sur le régime agricole maintenu par le gouvernement, il s’écria, en créole : « Cé à présent que nègres va travaillé ! [1] »

Ce programme de sa révolte était trop clair pour n’être pas parfaitement compris par tous ceux qui l’écoutaient, — habitans, cultivateurs, carabiniers eux-mêmes : le régime despotique de Christophe était le but à atteindre ! Aussitôt, la débandade commença parmi les gens qu’Izidor avait armés ; ils jetèrent les fusils et les cartouches derrière les maisons et s’enfuirent : les carabiniers firent des demi-tours à droite et à gauche et prirent le trot ou le galop dans toutes les directions. Ces derniers avaient été abusés, du reste ; ils s’étaient laissés persuader que toutes les autorités du Cap-Haïtien et du Nord étaient du complot, et la reprise de l’arsenal, la non-participation du 2e escadron avaient commencé à les éclairer.

Peu d’entre eux étaient restés auprès de leur colonel, quand le général Monpoint, commandant de l’arrondissement de la Grande-Rivière, avisé des événemens, fit marcher contre Milot un détachement du 26e régiment et des gardes nationaux, sous les ordres du colonel Mouscardy, commandant de la place. À leur approche, Izidor décampa et se porta à Limonade. Poursuivi par Mouscardy, abandonné par tous les carabiniers, il se rendit du côté de Sainte-Suzane, où il se jeta dans les bois, avec son beau-fils Harmonide Richeux, jeune homme de couleur, âgé d’environ 25 ans. Traqués par Mouscardy, ils furent rencontrés le 4 février et subirent une décharge de coups de fusil sous laquelle périt Harmonide, et Izidor fut blessé mortellement ; il trépassa deux heures après. Mouscardy fit porter le corps du jeune homme au Cap-Haïtien, pour être remis à sa mère,

  1. Izidor lui-même était un noir, marié à une mulâtresse.