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gique, fut le premier à dire qu’il fallait aller reprendre l’arsenal en chassant Izidor ; il demanda la faculté de se mettre à la tête du 30e régiment à cet effet. Mais jusqu’alors, la générale n’avait pas été battue pour réunir les troupes et la garde nationale : on contraignit en quelque sorte le général Léo à cela : il la fit battre au bureau même de l’arrondissement. Enfin, les troupes et la garde nationale s’étant réunies, Beaufossé prit le commandement du 30e, le colonel Backer, administrateur principal des finances, celui de la garde nationale. Ils marchèrent contre Izidor auquel ils reprirent l’arsenal, après avoir essuyé un seul coup de canon chargé à mitrailles : deux hommes furent tués et plusieurs autres blessés.

Débusqué de ce lieu, Izidor se porta avec l’escadron rebelle à Milot, où il s’empara encore plus facilement de l’arsenal de ce bourg, au jour du 29 janvier. Il appela la population autour de lui et fit distribuer à ces pauvres gens des fusils et des munitions en leur disant : que toute la République était en armes, parce que « Boyer avait vendu le pays aux blancs français. ». Cette vieille accusation empruntée au régime de Christophe, fut reçue avec d’autant plus de crédulité, que les habitans de Milot l’avaient souvent entendue arguer à la charge du gouvernement fondé par Pétion, et qu’ils savaient que le colonel Izidor jouissait de la confiance de Boyer. Mais le conspirateur, continuant à déblatérer contre le Président, vint à examiner ses actes successifs depuis la réunion du Nord. Il critiqua amèrement le morcellement des habitations en petites propriétés concédées aux soldats et aux cultivateurs, et qui avait entraîné, disait-il, la ruine des grandes sucreries des plaines du Nord, notamment celle qui lui appartenait où il ne pouvait plus faire autant de revenus que par le passé ; l’indiscipline