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donner le signal : il croyait avoir l’assentiment de tout le régiment des carabiniers.

Le 28 janvier, de 9 à 10 heures du soir, il fit sonner par les trompettes de ce corps l’air de se préparer à monter à cheval. En ce moment, le capitaine Bottex, fils du général commandant au Borgne, arrivait en ville, sortant de son habitation de la plaine. Étonné d’entendre cet air de la cavalerie à une telle heure, il se rendit aussitôt auprès du colonel Castaing, commandant de la place, et lui dit ce qu’il avait entendu : il sut alors qu’il n’y avait aucun mouvement militaire ordonné par les autorités. Le colonel Castaing l’envoya en avertir le général Léo ; celui-ci lui dit d’aller ordonner à la garde de l’arsenal de n’y laisser entrer personne, de défendre ce point contre toute attaque. Bottex était l’un des adjudans de place du Cap-Haïtien : après avoir transmis cet ordre, il rencontra Izidor qui, à la tête du 1er escadron des carabiniers, alla s’emparer de l’arsenal de vive force. Le 2e escadron ne l’avait pas suivi, par l’influence de son chef Denis André qui ne voulut point participer à la conspiration[1].

Dans l’intervalle, toutes les autorités civiles et militaires, et la plupart des citoyens notables s’étaient portés au bureau de l’arrondissement. Le colonel Beaufossé, commandant du 28e régiment du Dondon, se trouvant au Cap-Haïtien en ce moment, s’y rendit aussi. Chacun disait son mot sur la situation, et le général Léo semblait ne savoir que faire. Beaufossé, dévoué au Président, brave et éner-

  1. En se portant sur l’arsenal, Izidor envoya au général Léo, une lettre par laquelle il l’engageait à se joindre á lui contre Boyer : « Il nous a trahis, disait-il, il est sur le point de nous livrer à la nation française. Nous prenons les armes contre ce tyran… La masse des noirs et une grande partie des hommes de couleur m’ont chargé de vous écrire cette lettre, etc. » Et la moitié seulement des carabiniers l’avaient suivi dans sa révolte !