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Pendant que, dans toutes les communes, on se préparait à se réunir du 1er au 10 février pour les élections, dans celle du Cap-Haïtien il se tramait une conspiration contre le gouvernement ; le projet en existait même auparavant.

Vers octobre ou novembre 1836, le chef de bataillon Bélonie Narcisse, du 29e régiment, en étant informé, avait manifesté son opinion publiquement à ce sujet, en disant : qu’il combattrait toute tentative faite pour renverser le gouvernement ou seulement porter atteinte à son autorité ; et il cita nommément le colonel Izidor Gabriel, commandant du régiment des carabiniers à cheval de la garde, comme étant l’un des auteurs de cette conspiration. Il aurait dû dénoncer ce qu’il savait au Président lui-même ou aux autorités du Cap-Haïtien. Or, Izidor avait su capter la bienveillance et on peut dire l’attachement de Boyer[1] ; il adressa au Président une lettre, se plaignant des propos tenus sur lui par B. Narcisse, citant les personnes auxquelles ce dernier avait parlé, en prodiguant au Président les assurances les plus chaleureuses de son dévouement. Il le trompait indignement ! car B. Narcisse avait raison. Mais Boyer, séduit, ordonna au général Léo, commandant de l’arrondissement, de réunir un conseil spécial militaire pour juger ce chef de bataillon qui avait osé suspecter la fidélité éprouvée du colonel. Ses ordres étaient sévères[2]. B. Narcisse comparut pardevant le conseil spécial ; il soutint ses paroles sans pouvoir toutefois fournir la preuve de

  1. Voyez les Mémoires d’Inginac, page 87.
  2. À la page 89 de ses Mémoires, Inginac dit que B. Narcisse avait dénoncé la conspiration par une lettre adressée au Président, et que celui-ci envoya cette lettre a Izidor pour qu’il pût le poursuivre en calomnie. Mais nous relatons le fait d’après des notes écrites dans le temps même où il se passa : le souvenir d’Inginac aura confondu les closes, six années après.