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législature. Il pouvait prévoir que Hérard Dumesle et David Saint-Preux, dont l’exclusion de cette législature n’avait pas été sanctionnée par l’opinion publique, feraient tous leurs efforts pour être réélus, ainsi que cela se pratique dans tous les pays où le régime constitutionnel, parlementaire, est établi ; car leur amour-propre était intéressé à faire prononcer cette sorte de protestation par leurs communes respectives[1]. Ne voulant, comme toujours, employer aucun moyen d’influence auprès des électeurs, Boyer se bornait à parler à leur esprit : « Sachez, leur dit-il entre autres choses, dans vos élections, distinguer le citoyen modeste, vertueux, sincèrement dévoué à son pays, de celui dont l’intrigue s’agitera pour obtenir votre suffrage, et qui n’y aspire que pour satisfaire sa vanité, peut-être même son ambition. » Il leur rappela enfin « les temps funestes d’agitations politiques que le pays avait traverses miraculeusement, pour leur faire « considérer les fruits heureux de l’union du peuple avec son gouvernement, etc. »

  1. À mon retour de France, le 30 novembre 1836, je me rendis de suite auprès de Boyer que je trouvai couché, ayant la fièvre. J’étais porteur d’une lettre de M. Isambert pour lui, que je lui remis ; il me la fit décacheter et lire, en présence de sa femme qui était seule dans la chambre. Apres cette lecture, il me donna à décacheter et lire encore une autre lettre qui venait de lui être remise par M. S. Villevaleix : elle lui était adressée par Hérard Dumesle et datée d’Aquin où il s’était rendu. Par cette lettre de quatre pages, H. Dumesle lui rappelait toutes les bontés dont il avait été l’objet de sa part en diverses circonstances, qu’il avait logé chez lui, etc ; il parla de ses principes, de ses opinions politiques qui ne pouvaient avoir pour but le renversement de Boyer, car ce serait voulou le malheur de la patrie. Il l’entretint de quelques lettres de lui, qu’on avait trouvées dans les papiers de Felix Darfour, en protestant contre toute idée d’approbation de la conduite tenue par ce dernier. Enfin, H. Dumesle le priait de permettre qu’il vînt au Port-an-Prince lui faire sa profession de foi entière, lui renouveler ses sentimens d’attachement. À ces mots, le Président dit : « Je n’en ai nul besoin : qu’il se conduise en honnête homme, en bon citoyen, c’est tout ce que je desire de lui. » Je me permis alors de lui faire observer, qu’il était probable que H. Dumesle serait réelu parla commune des Cayes, et qu’il valait mieux, selon moi, le laisser venir, l’entendre, gagner son concours à la Chambre, par la persuasion, plutôt que de l’y von opposant. Mais Boyer persista dans son refus.