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Il est probable que M. Dupetit-Thouars avait eu connaissance de la proposition qu’avait faite, en 1831, la commission présidée par M. le comte Lainé ; mais lorsque lui, intéressé à l’indemnité, il concluait ainsi, le gouvernement français ne pouvait que porter son attention sur cette affaire. En conséquence, une nouvelle commission, présidée par M. le comte Siméon, fut chargée d’examiner les documens financiers apportés par M. Dupetit-Thouars, son rapport, les états du commerce de la France avec Haïti, les correspondances diplomatiques entre les deux gouvernemens ; d’entendre les colons, etc., et d’éclairer la question. Cette commission conclut comme la précédente[1].

En juin 1836, M. Thiers, ministre des affaires étrangères et président du conseil, émit à la tribune des deux chambres, à propos d’une pétition de colons, une opinion trè-smodérée à l’égard d’Haïti. Il était d’avis que les indemnitaires nommassent un syndicat qui serait chargé de discuter leurs intérêts et de s’entendre avec le ministère sur ce qu’il y aurait à faire. Mais, remplacé en septembre de la même année par M. le comte Molé, il laissa à cet homme d’Etat le soin de terminer ce litige déjà si long, de la seule manière qui fût digne de la France[2]. Néanmoins, nous croyons que le gouvernement français voulut voir rembourser définitivement les avances faites par le trésor, avant de se décider à envoyer une mission à Haïti. Cette mission n’eut lieu que dans les derniers mois de 1837, la maison E. Lloyd et

  1. Voyez l’ouvrage de M. Lepelletier de Saint-Remy, tome 2, page 71.
  2. Quand je vins à Paris, en 1836, pour cause de santé, Boyer me chargea de prendre des informations sur les disposition du gouvernement français envers Haïti. Je vis M. J. Laffitte et M. le comte de Laborde à ce sutet. Ce dernier me menagea l’honneur d’un court entretien avec M. le comte Mole, ministre des affaires etrangeres et president du conseil qui voulut bien me dire qu’il espérait terminer ce litige à la satisfaction des deux pays. M. Thiers avait d’ailleurs admis la nécessité d’une reduction du solde de l’indemnité ; c’est ce que me durent MM. de Laborde et Laffitte, et j’en avisai le President par une lettre datée de Paris, le 22 juillet.