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le fondateur de la République, que l’immortel Pétion a plus d’une fois usé de la prérogative du droit de grâce ; personne n’ignore que la nation, loin de lui en contester l’exercice, s’est plue à lui décerner de justes louanges ; personne n’ignore que le dernier acte de sa vie, si pleine de faits glorieux, a été un acte de grâce. Si moi-même j’ai cru, dans l’intérêt général, devoir exercer le droit de grâce, c’est que j’ai pensé que je ne pouvais m’égarer en suivant les traces de mon prédécesseur ; c’est que j’ai eu confiance dans l’adhésion, comme dans la justice de la nation, qui ne peut blâmer dans mes actes ce qu’elle a loué dans les actes d’Alexandre Pétion… Toutefois, dans le désir que j’ai de marcher toujours d’accord avec les principes des institutions de mon pays, j’ai pensé ne pouvoir mieux faire que de consulter à cet égard les lumières et la sagesse du corps qui est le gardien du dépôt sacré de la constitution… »

Le 8 juillet, le Sénat répondit à ce message en disant : qu’il s’accordait sur tous les points avec le Président ; que le droit de grâce devait être exercé par lui, comme il l’avait toujours été depuis la fondation de la République, quoiqu’il fût à regretter que la constitution ne l’eût pas établi formellement.

Dans les dix années qui s’écoulèrent, de cette décision à la chute de Boyer, il eut occasion d’exercer encore le droit de grâce ; mais nous ne sachions pas qu’il ait délivré des lettres de grâce à ceux qui en furent l’objet.