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mesle, n’était, pour ainsi dire, qu’un satellite attaché à cette planète.

H. dumsle possédait tout ce qu’il fallait pour être un tribun du peuple. Il était doué d’une imagination vive et brillante ; il écrivait et s’exprimait avec facilité ; sa phraséologie séduisait et captait les esprits inexpérimentés. Son tempérament, ses mœurs mêmes se prêtaient au rôle que son ambition le portait à jouer dans la République. Avide de popularité, à l’exemple des orateurs des chambres législatives en France et en Angleterre dont les discours nourrissaient son esprit mobile, il visa dès lors à la conquérir par son attitude envers le pouvoir exécutif.[1]

Sa protestation en est une preuve convaincante ; il s’y posa en réformateur de tout ce qu’on considérait comme abus dans l’administration ; en provocateur de toutes les mesures d’améliorations publiques et sociales, en embrassant dans ses vœux celles qui pouvaient le plus intéresser tout le monde : les esprits éclairés, les militaires en activité de service, les vétérans, les pères de famille, les propriétaires agriculteurs, les commerçans, les magistrats de l’ordre judiciaire. Il n’oublia pas de parler de sa « sollicitude » pour le pays tout entier, dans ses rapports avec l’étranger et eu égard à la dette nationale, ni d’exalter la mémoire de Pétion pour l’opposer à Boyer. Cette protestation devint le programme qu’il lança au public, à tous les esprits ardens ou calmes qui désiraient sincèrement le pro-

  1. H. Dumesle envoya des copies de sa protestation, à lord Brougham, à O’Connell, a M. Isambert, tant il était désireux de renommée et de prouver qu’enfin Haïti pouvait aspirer a la civilisation par le règne des principes. En 1836, M. Isambert m’en parla et me demanda si la Chambre des communes avait le droit d’exclure ses membres, comme celle de la Grande-Bretagne. Je lui répondis : « Avez-vous la constitution d’Haïti ? — Oui, a l’ai.— Alors, vous pouvez y voir qu’elle n’a pas ce droit, qu’elle peut seulement accuser ses membres et les faire juger par la haute cour de justice. »