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teurs, les conviant à nommer « des représentans éclairés, vertueux et patriotes, qui sauraient apprécier les améliorations réclamées par le véritable intérêt national ? » La Chambre des communes se réunit, se prévaut de ces paroles, fait un discours au Président et lui envoie une adresse ; dans ces deux actes, elle exprime sa satisfaction des dispositions qu’il montre à agréer les vœux qu’elle pourra former ; elle en énumère un certain nombre, elle lui dit « qu’il a beaucoup fait, mais qu’il lui reste encore beaucoup à faire pour la patrie. » Elle érige deux tribunes dans la salle de ses séances, destinées à ses orateurs et à ceux du pouvoir exécutif, et porte le Sénat à l’imiter en cela, sans envisager néanmoins la difficulté de réaliser ses désirs à cet égard.

Que fait le Président d’Haïti ? Il propose deux projets de loi qui entrent dans les vœux exprimés : l’un d’eux a été élaboré entre un comité de la Chambre et une commission du gouvernement. Mais, de ce que le Président s’arrête aux idées conçues par la commission, l’amour-propre, peut-être la présomption de deux représentans, les porte à repousser ce projet préféré, par des paroles offensantes pour le caractère du chef de l’État, à qui ils supposent des vues contraires à l’intérêt général, de perfides intentions envers une partie de ses concitoyens. Ces imputations injustes excitent le mécontentement de la majorité de la Chambre ; elles ont un éclat qui décide le Président à retirer ce projet de loi. L’autre projet est pareillement retiré, parce que les mêmes représentans l’ont attaqué par des motifs analogues. Ils font plus ; ils livrent à la publicité, dans un journal hostile au gouvernement, le projet de loi préparé par le comité de la Chambre, faisant ainsi un appel à l’opinion publique, occasionnant par là des commentaires injurieux pour la personne