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Le lendemain 13 août, Milscent convoqua la Chambre à une « séance extraordinaire » dans l’après-midi et en comité général : elle se réunit en majorité. H. Dumesle et D. Saint-Preux, qui n’avaient pas été convoqués nominativement comme leurs collègues, s’y présentèrent néanmoins ; mais on leur refusa l’entrée par ordre du président de la Chambre. Qu’allait-elle donc faire dans cette séance, qui exigeât leur non-comparution, cette mesure arbitraire à leur égard ?

Latortue, représentant des Gonaïves, obtint la parole et lut une motion :

« J’ai conçu sans balancer, dit-il, le plus juste et le plus salutaire des desseins : craintes, espérances, tout nous est commun, tout nous rapproche… N’est-il pas honteux que nous soyons ici, voilà déjà deux mois, dans l’inaction la plus complète, promenant soir et matin notre désœuvrement par toute la ville ?… À qui attribuerons-nous l’inaction dans laquelle nous aurons passé deux de nos sessions ?… On a vu de nouveau apparaître à cette 4e législature, avec un profond sentiment de douleur, une secte impie et audacieuse qui, couverte du manteau de l’inviolabilité de la représentation nationale, cachait sa tête hideuse et sa perfide machination sous le masque d’un faux patriotisme… Ah ! Messieurs, leur projet était vaste ; ils ont voulu et désiré avec ardeur de voir le renversement de ce gouvernement dont vous êtes une des puissantes colonnes, dussent-ils même, pour réussir, entraîner les Haïtiens à… Je frémis de prononcer le mot. Heureusement, législateurs, ils n’ont point trouvé parmi nous des partisans… Nous nous plaignons que le chef du pouvoir exécutif, à qui appartient l’initiative de la proposition, ne nous envoie pas des projets de lois ; mais, Messieurs, examinons notre conduite… Depuis le