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des opinions libérales aux cortès d’Espagne, en 1821, et il avait dû émigrer de son pays. Réfugié à Paris, il fut conseillé par l’évêque Grégoire de passer à Haïti, et il apporta au Président une vive recommandation de ce philanthrope. Nommé curé du Cap-Haïtien, il fut en butte aux intrigues de l’abbé Legros qui, occupant une petite paroisse voisine, enviait cette cure ; ce dernier le représentait comme excommunié par le Pape. Afin de terminer ce schisme, Boyer envoya l’abbé Legros à la cure d’Aquin où il resta nombre d’années, et l’abbé Echevarria à celle du Port-de-Paix, parce qu’il lui aurait été impossible de se concilier l’esprit des paroissiens du Cap-Haïtien[1].

À peine de retour à la capitale, en avril, le Président dut encore intervenir dans une querelle religieuse suscitée à l’abbé J. Salgado, curé de la paroisse et vicaire général, par trois prêtres originaires de la partie de l’Est, nommés Ramond Pichardo, Bonilla et Cadenas, et curés à Hinche, à Las Matas et à Las Caobas, ces trois communes étant situées dans les départemens de l’Ouest et de l’Artibonite qui étaient dans le ressort spirituel du vicaire général. L’abbé Salgado, dans un mandement aux divers curés, avait eu le tort de prendre le titre de « vicaire général du diocèse, » et qui emportait l’idée qu’il l’était pour toute la République, comprise dans le siège archiépiscopal de Santo-Domingo, ainsi que l’avait décidé le Saint-Père Léon XII, en 1824[2].

Ces trois prêtres rédigèrent en commun un mémoire qu’ils

  1. Dans ses Mémoires, pages 86 et 87, Inginac parle de ce schisme entre les habitans du Cap-Haïtien.
  2. L’abbé Pichardo, curé du Cap-Haïtien et vicaire général du Nord nommé par l’archevêque, étant mort en septembre 1831, le Président avait, de son chef et en l’absence de l’archevêque, étendu la juridiction de l’abbé Salgado sur le Nord, des le mois d’octobie : de là le titre ambitieux que prit à tort ce dernier ; car à Santo-Domingo, le vicaire général Portez siégeait pour la partie de l’Est.