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blissement de la nouvelle ville, en cédant les emplacemens au prorata du prix d’acquisition, tandis que M. Courtois aurait exigé le prix qui eût été à sa convenance. Menacé de l’expropriation par les formes indiquées ci-dessus, il publia dans son journal l’article dont il est question, où il outragea le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif dans les termes les plus offensans, les accusant de despotisme, de tyrannie, de violateurs des droits des citoyens, etc.

La loi traçait au ministère public son devoir ; il n’avait besoin d’aucun ordre de son chef hiérarchique, du grand juge, ni du Président d’Haïti, pour poursuivre M. Courtois, comme on l’a cru à cette époque. Il remplit son devoir avec toute la fermeté exigée par ses fonctions, en citant directement au tribunal correctionnel celui qu’il considérait comme un délinquant. M. Courtois était capable de se défendre, sans l’assistance d’un avocat ; il le fit avec vigueur, avec toute la conscience du droit qu’il s’imaginait, soutenant son article par des paroles qui ajoutaient à son délit : de là le jugement sévère du tribunal correctionnel qui le condamna à trois années d’emprisonnement, maximum de la peine prévue. Le ministère public, requis ensuite par l’administration dont il était l’organe en vertu de la loi, poursuivit l’expropriation des terrains de la Coupe, par devant le tribunal civil qui ordonna toutes les formalités nécessaires en pareil cas.

Le jugement du tribunal correctionnel du 17 décembre, portant condamnation contre M. Courtois, précéda de quelques jours, celui de la distribution des prix au lycée national, replacé sous la direction de M. Granville depuis environ un an. Ces deux citoyens étaient liés d’une amitié contractée en France, quand ils se trouvaient avec d’autres