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en vue de piller les malheureux habitans dont les propriétés auraient été atteintes.

Peu avant cet incendie, la capitale avait joui du spectacle d’un grand acte de philanthropie, d’humanité, de charité chrétienne : 32 noirs esclaves y étaient arrivés de la Nouvelle-Orléans, pour être rendus à leur liberté naturelle sur la terre d’Haïti. Miss Frances Wright, Ecossaise habitant les États-Unis depuis plusieurs années, fut l’auteur de cet acte admirable, dicté par la bonté de son cœur autant que par l’élévation de son esprit. Engouée d’abord des progrès étonnans des Américains, elle avait vu avec peine la hideuse institution de l’esclavage et toutes les horreurs qu’elle occasionne parmi eux ; elle écrivit, elle prêcha contre cette violation des droits sacrés de l’humanité ; elle conseilla aux planteurs d’user au moins de bonté et de douceur envers leurs esclaves ; et afin de prouver qu’un tel régime produirait les mêmes résultats en adoucissant le sort de ces infortunés, elle acheta des esclaves et fonda un établissement sur les rives du Mississipi qu’elle dirigeait elle-même. Ses succès répondirent à son attente, mais les planteurs en furent jaloux et lui nuisirent de toutes les manières. Ne pouvant plus tenir contre leurs méchancetés, elle renonça à son établissement, affréta un navire sur lequel elle s’embarqua avec ses esclaves et vint au Port-au-Prince les livrer à la République pour en faire des citoyens. Elle poussa sa prévoyante bonté jusqu’à apporter des provisions de bouche pour leur usage pendant quelques mois. Accueillie par Boyer avec une distinction empressée, mêlée de bienveillance et de gratitude, Miss Frances Wright reçut aussi du général Inginac et de tous les fonctionnaires publics des témoignages d’une respectueuse admiration pour sa conduite si humaine. Elle fut fêtée et passa quelques semaines