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les drapeaux une partie de la jeunesse, il arrêta : 1° que tout Haïtien qui voudra se rendre à l’étranger devra être muni d’un passeport signé du Président d’Haïti ; 2° que tout Haïtien qui quittera le pays sans en avoir la licence du Président, sera considéré comme ayant abandonné la patrie au moment du danger et sous le coup de l’art. 18 du code civil. »

Le but principal de cet acte était, comme on le voit, un recrutement pour l’armée, indépendamment de la convenance qu’il y avait de régler la mesure du passeport pour voyager à l’étranger, imposé à tous les citoyens du pays afin que leur nationalité y fût respectée. Ce recrutement eut pour cause le bruit répandu par les journaux français à la fin de 1831, de la probabilité d’une expédition contre, Haïti[1], par suite de la rupture des relations diplomatiques dont il a été fait mention au chapitre précédent, et un incident survenu au Port-au-Prince pendant la présence dans le port du brig de guerre le Cuirassier, commandé par M. de Bruix, que le gouvernement français y avait envoyé pour s’assurer si ses nationaux étaient en sécurité dans la République. Une rixe avait eu lieu entre un Français établi dans la capitale et un jeune soldat de la garde du Président ; ce soldat fut condamné à un emprisonnement de quelques jours, par le tribunal correctionnel qui reconnut ses torts dans cette rixe. Mais M. Barbot, chancelier gérant le consulat de France, et M. de Bruix dont les excentricités étaient remarquables, en avaient voulu faire une affaire d’Etat[2]. La conduite de M. Bruix fut telle, que l’on crut généralement qu’il avait eu mission de provoquer une échauffourée, afin

  1. Au chapitre précédent, j’ai parlé du mémoire de M. Frédéric Martin à ce sujet.
  2. Le ministère public, en poursuivant le jeune soldat de la garde et obtenant sa condamnation, ôta tout prétexte à ces messieurs.