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forme employée et de l’expression de spoliation. Cette note, sans signature, lui parut une injure personnelle, un mépris pour le gouvernement haïtien, et le mot spoliation, un outrage à la nation[1]. Il ne se pressa pas de prendre une résolution à ce sujet, et le 20 décembre, il adressa au Sénat le message suivant :

» Citoyens sénateurs,

» L’état des négociations entre le gouvernement de la République et celui de la France est parvenu à un point qui exige enfin une détermination positive. D’après les dispositions de l’article 121 de la constitution, et dans le désir d’être constamment en harmonie avec le Sénat, je vous ai toujours communiqué la situation de nos rapports politiques avec ce gouvernement. Les changemens survenus en 1830, dans ce royaume, ont dû naturellement faire espérer ici des avantages, dans les arrangemens à conclure, en faveur de la République. Je n’ai pas négligé, en conséquence, de chercher à le porter à en reconnaître la nécessité. Aujourd’hui que le résultat des communications faites dans ce but au ministère de France m’est parvenu, je m’empresse de vous en donner une connaissance officielle.

» À cet effet, citoyens sénateurs, j’ai donné des instructions au secrétaire d’Etat, au grand juge et au secrétaire général, pour se présenter au Sénat, afin de vous communiquer les pièces y relatives. Je réclame, dans l’intérêt de la patrie, que vous me fassiez connaître votre opinion mo-

  1. On croira difficilement que, malgré son instruction, Boyer ignorait les formules diplomatiques : il ne possédait pas un seul ouvrage traitant de ces matières. Mais M. S. Villevaleix, chef des bureaux du secrétariat général, lui en présenta un où il trouva que la note verbale était ordinairement employée dans le cas de rupture des relations diplomatiques, et qu’on pouvait y repondre par une note semblable : ce qui le porta à s’apaiser. Cette anecdote ne me semble pas indigne de l’histoire.