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en France par un envoyé haïtien, quel que fût le vice dont cet acte aurait pu être entaché ! Les deux traités dont il est question sont donc des traités imposés !… »

Et comme toujours en pareil cas, renouvelés si souvent, des exhortations furent faites aux Haïtiens de se tenir parés aux éventualités, aux fonctionnaires publics et aux militaires de remplir leurs devoirs envers la patrie, aux commandans d’arrondissement de se rappeler les instructions du Président d’Haïti. « Que les étrangers, que la confiance a conduits sur notre territoire, y trouvent la sécurité que la loi et notre loyauté leur ont constamment garantie. »

Cette proclamation, publiée avec pompe, excita un enthousiasme extraordinaire dans la population du Port-au-Prince. Adhérens ou opposans à Boyer se confondirent dans une exaltation patriotique ; car chacun croyait voir dans la rupture des relations diplomatiques entre les deux gouvernemens, la libération de la dette nationale contractée envers la France, qui persistait à refuser à Haïti les garanties que réclamaient sa sécurité comme pays indépendant et souverain, et son honneur et sa dignité profondément blessés par les termes et les clauses de l’ordonnance de 1825. Voilà dans quel sens il faut expliquer la joie qui éclata en cette circonstance. L’éventualité d’une guerre avec la France, loin d’attiédir le dévouement à la patrie, le ranima au contraire. Le glorieux exemple que venait de donner au monde la courageuse population de Paris servit même à produire ce résultat, et la lutte héroïque que soutenaient encore la Pologne et la Belgique contre leurs dominateurs n’y contribua pas moins, en surexcitant les esprits[1].

Depuis quelques mois on avait commencé des construc-

  1. La capitale fut spontanément illuminée. Le sénateur J.-F. Lespinasse se distingua par un transparent sur lequel on lisait : Indépendance ! Souveraineté ! Assez longtemps nous avons gémi sous le fouet des colons !