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veau souverain qu’elle avait placé sur le trône. La rupture fut complète entre eux dans cette audience[1].

Le lendemain, le consul général lui adressa la note suivante :

« Président,

« Le soussigné, Consul général de France, par intérim, a ordre de demander uniquement à Votre Excellence si elle consent à ratifier les deux traités signés à Paris le 2 avril dernier par MM. Pichon et Saint-Macary.

» Le soussigné ayant eu l’honneur d’entretenir longuement hier Votre Excellence de la mission toute spéciale que le gouvernement du Roi des Français lui a confiée, et lui ayant déclaré qu’il n’a pas pouvoir de rien changer au traité définitif du 2 avril, n’a plus qu’à vous annoncer, Président, que M. Pichon fils, chargé de rapporter votre réponse, partira très-incessamment sur la frégate la Junon.

» Président, le soussigné est avec respect, de Votre Excellence, le très-humble serviteur,

Signé : Molien[2]. »

À cette note, le général Inginac eut ordre de répondre ce qui suit :

« Port-au-Prince le 4 juin 1831, au 28e de l’indépendance.

» Le soussigné, secrétaire général près Son Excellence le Président d’Haïti, est chargé d’accuser réception à Monsieur le Consul général de France, par intérim, de sa note du 2 courant, par laquelle il demande à S. E. si elle con-

  1. Boyer a dit en ma présence que, dans cette audience, M. Molien semblait vouloir l’exposer à commettre sur sa personne la même injure que le dey d’Alger se permit sur le consul de France. Il tenait a la main un rouleau de papier, et gesticulant comme d’habitude, il tiouva que le consul s’approchait trop de lui, sur le sopha où ils étaient assis. Mais M. Molien se respectait trop pour avoir en une telle intention : évidemment, Boyer était dans l’erreur.
  2. On ne peut disconvenir que cette note est pleine d’égards pour Boyer, même après leur discussion si vive de la veille.