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séjour à Paris, malgré la caducité de ses pouvoirs et le délai qui lui avait été assigné. En ne se voyant pas rappelé en Haïti, il dut se croire encore autorisé à agir ainsi.

Quant au Président, qui ne lui envoya pas de nouveaux pouvoirs ni d’autres instructions, qui ne le rappela point, sans nul doute, il agit irrégulièrement à l’égard de son agent. Mais, sans qu’il partageât l’espoir de M. St-Macary, il pouvait s’attendre néanmoins à ce que le ministère français refusât de traiter avec lui, à moins de pouvoirs nouveaux qui l’accréditeraient auprès du gouvernement issu de la révolution. Du moment que, de prime-abord, on n’opposait pas cette formalité diplomatique à M. Saint-Macary, c’était pour Boyer une présomption favorable que la République recevrait plus d’avantages dans la négociation. Mais on vient de voir, qu’informé du contraire, le 30 avril il fit désavouer d’avance la prolongation du séjour de l’agent à Paris, pour se donner la faculté de refuser la ratification des actes qu’il aurait signés, s’il y avait lieu.

Les nombreux événemens qui se passèrent en France, après la révolution, n’avaient pas permis qu’on s’occupât de suite des arrangemens à prendre avec Haïti. Cependant, vers la fin de 1830, le gouvernement français nomma une commission présidée par M. le comte Lainé, pour examiner la question. Son travail aboutit à une proposition ainsi conçue : « de réduire le solde de l’indemnité, de 120 millions à 60 millions et les 700 mille francs restant dus sur le premier cinquième, mais avec la garantie du trésor français, qui servirait l’intérêt des 60 millions à 3 pour cent, aux colons ou à leurs ayants-droit. » Cette proposition était certainement très-avantageuse pour Haïti, et l’on ne doit pas s’en étonner ; car M. Lainé fut toujours modéré et juste envers notre pays. D’ailleurs, la commis-