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conjuration dont les fils semblent avoir été dirigés sur divers points de la République, mais dont le foyer paraît être dans cette capitale… Abusant du nom de cette liberté qui nous est si chère, ils ont tenté de profiter ici d’un événement particulier et déplorable pour égarer une jeunesse intéressante et remplie de généreux sentimens, mais trop facile, par son inexpérience, à se laisser entraîner à l’exaltation. Dissimulant leurs perfides intentions, ils ont voulu tirer parti d’une circonstance de deuil : au lieu du silence observé ordinairement dans un convoi funèbre, ils ont, en exaspérant les esprits, fait un appel à la sédition. Leurs vociférations et leurs cris séditieux n’ont laissé aucun doute sur le but où tendait cette manœuvre abominable… »

Ainsi, par son jugement, le tribunal correctionnel avait fait « de l’opposition » au chef de l’État qui rendait compte de l’événement à la nation ; mais son prononcé fut respecté, et le lendemain dimanche 24 avril, les troupes tenues en cantonnement purent reprendre leur train ordinaire[1].

Cependant, le Président ne pouvait être satisfait du résultat regrettable des publications qui avaient eu lieu par les journaux ; il ordonna que le Phare cessât d’être imprimé par les ouvriers de l’État, et ce journal ne put plus paraître. En même temps, une circulaire dû grand juge, adressée aux magistrats, fut publiée sur le Télégraphe du 24 : elle contenait de judicieuses réflexions sur la liberté de la

  1. Au mois de mars, le même tribunal, sur mes poursuites, avait condamné le citoyen Ramsey à un an d’emprisonnement, pour avoir outrage le Président d’Haïti à l’occasion de ses hautes fonctions, dans deux écrits publiés sur la Feuille du Commerce. Et le 25 avril, le citoyen Fouchard, professeur destitué du lycée, ayant publié aussi sur ce journal un article injurieux et outrageant pour les officiers de l’armée, je le poursuivis : le tribunal correctionnel le condamna à trois mois d’emprisonnement. Ces deux jugemens, mis à côté de l’autre, prouvent qu’il faut respecter l’indépendance de la magistrature : la garantie sociale exige ce respect.