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il fit inviter le commissaire du gouvernement de se rendre auprès de lui. À l’arrivée de ce fonctionnaire, le convoi était encore devant la porte principale de l’église. Le général voulait avoir son avis sur la résolution qu’il prenait d’envoyer ces troupes, pour contraindre le convoi funèbre à se porter immédiatement au cimetière. Mais le commissaire l’engagea à s’en abstenir, en lui représentant que cette scène séditieuse ne pouvait produire aucun effet sur la population de la capitale, qui la jugeait déjà aussi absurde que ridicule ; et qu’il fallait aussi prévoir le cas de résistance de la part des meneurs qui entraînaient beaucoup de jeunes gens à les imiter ; qu’en ce cas, il faudrait faire agir les troupes pour être obéi ; qu’il pouvait en résulter de grands malheurs, et qu’il ne fallait pas y exposer les pères et mères de famille et leurs enfans qui étaient en grand nombre dans le convoi, sans participer aux manœuvres coupables des meneurs. Le commissaire lui exprima l’opinion qu’à son retour, le Président approuverait cette abstention de sa part, par ces motifs[1]. Le général Lerebours déféra à cet avis et reçut effectivement l’approbation du Président. Dans l’après-midi, la tranquillité étant parfaite à la capitale, il adressa une lettre à Boyer pour l’en informer ; et le samedi 16 avril, il alla audevant de lui à Drouillard, afin de lui faire connaître les moindres circonstances de ces faits démagogiques des opposans.

  1. Il y a un grand inconvénient pour celui qui écrit une histoire et qui a été acteur dans les événemens : c’est d’ètre obligé de dire ce qu’il a fait. Le moi humain peut être supposé intéressé âne pas dire la vente exactement, ou être suspect de vanité. Mais, à moins de consigner les faits dans des Mémoires, ce que l’auteur écrit sur l’histoire devient incomplet ; et si je m’arrêtais à cette considération, je ne poursuivrais pas mon œuvre, car on sait en Haïti que j’ai pris part à bien des événemens sous le gouvernement du président Boyer, et jusqu’à son renversement du pouvoir. Je réclame donc l’indulgence du lecteur pour la fausse position où je me trouve ; il restera toujours libre d’apprécier et de juger ma conduite personnelle.